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    La premiĂšre Ă©tape de l’arrestation : le dĂ©but de l’enfer

    Depuis le 7 octobre 2023, Gaza a connu des actes qui, selon les dĂ©finitions juridiques internationales, peuvent ĂȘtre qualifiĂ©s de gĂ©nocide, ainsi que de vastes opĂ©rations militaires menĂ©es par les forces d’occupation israĂ©liennes depuis la terre et les airs, entraĂźnant la dĂ©tention de milliers de civils, quel que soit leur Ăąge ou leur Ă©tat de santĂ©. Pendant cette pĂ©riode, les dĂ©tenus ont subi certaines des violations les plus Ă©pouvantables de leurs droits et de leur dignitĂ© humaine, que tous les traitĂ©s internationaux exigent de respecter. Ces abus reprĂ©sentent des violations systĂ©matiques des droits fondamentaux protĂ©gĂ©s par le droit international humanitaire et le droit international des droits de l’homme.

    Les types et les cas de violations graves subies par les dĂ©tenus pendant la phase initiale d’arrestation, qui se dĂ©roule souvent dans la bande de Gaza ou pendant le transport vers les centres de dĂ©tention israĂ©liens, Ă©taient divers. Ces violations comprenaient des interrogatoires illĂ©gaux sur le terrain et des fouilles Ă  nu forcĂ©es qui ont touchĂ© une majoritĂ© importante de dĂ©tenus, y compris des mineurs. En outre, la pratique consistant Ă  utiliser des civils comme boucliers humains a Ă©tĂ© mise en Ɠuvre, les obligeant Ă  pĂ©nĂ©trer dans des tunnels ou des bĂątiments piĂ©gĂ©s, ainsi que les mauvais traitements que tous les dĂ©tenus ont subis pendant le transport.

    Dans cette section du rapport, chacune de ces infractions sera analysée afin de dépeindre la réalité des souffrances endurées par les habitants de la bande de Gaza avant leur arrivée dans les centres de détention.

    MalgrĂ© les efforts d’Addameer pour surveiller et documenter les conditions de plus de 343 prisonniers de la bande de Gaza dĂ©tenus dans les prisons israĂ©liennes et les entretiens avec 32 dĂ©tenus libĂ©rĂ©s, ces chiffres pourraient ne pas reflĂ©ter pleinement la rĂ©alitĂ©, car de nombreux dĂ©tenus continuent de se sentir intimidĂ©s par leurs ravisseurs, craignant des menaces ou des reprĂ©sailles. Par consĂ©quent, de nombreux abus et violations pourraient ne pas ĂȘtre signalĂ©s, ce qui indique que le nombre rĂ©el de dĂ©tenus soumis Ă  ces infractions dans les prisons israĂ©liennes est probablement beaucoup plus Ă©levĂ© que ce que suggĂšre ce rapport.

    Interrogatoires sur le terrain

    Des Palestiniens de la bande de Gaza ont Ă©tĂ© apprĂ©hendĂ©s Ă  divers endroits. Ils ont Ă©tĂ© sortis de leurs maisons, des Ă©coles dĂ©signĂ©es comme abris ou des zones qualifiĂ©es de “passages sĂ»rs” par l’armĂ©e d’occupation israĂ©lienne, qui Ă©taient destinĂ©s au dĂ©placement des Gazaouis du nord vers le sud. MalgrĂ© l’assurance de sĂ©curitĂ© et de protection fournie par ces passages, qui sont censĂ©s ĂȘtre des zones dĂ©militarisĂ©es, des civils ont Ă©tĂ© isolĂ©s et arrĂȘtĂ©s dans ces zones. En outre, les forces israĂ©liennes ont utilisĂ© certaines rĂ©sidences dans toute la bande de Gaza comme centres de dĂ©tention temporaires pendant plusieurs heures pour procĂ©der Ă  des interrogatoires sur le terrain avec les personnes arrĂȘtĂ©es.

    La zone des “chalets” de Hamad City est devenue tristement cĂ©lĂšbre en tant que lieu de tels interrogatoires, les forces d’occupation ayant transformĂ© ces “chalets” en sites de dĂ©tention oĂč de nombreux Palestiniens ont Ă©tĂ© dĂ©tenus pour un premier interrogatoire avant d’ĂȘtre transfĂ©rĂ©s dans des camps et des prisons israĂ©liens. Les dĂ©tenus Ă©taient gardĂ©s dans des piscines vides. Un prisonnier, M.S., a racontĂ© : “Ils m’ont emmenĂ© au chalet et m’y ont gardĂ© du matin jusqu’à minuit. Nous avons Ă©tĂ© placĂ©s dans une piscine vide. Il faisait un froid glacial dehors. Nous Ă©tions environ 80 Ă  100 dans la piscine.”

    Dans la phase initiale des arrestations, de nombreux détenus ont subi diverses infractions, telles que des interrogatoires brutaux sur le terrain impliquant de graves violences physiques qui ont entraßné des cÎtes cassées, des intimidations, la confiscation de biens, etc.

    Les dĂ©tenus ont Ă©tĂ© interrogĂ©s soit sur le lieu de leur arrestation, soit dans d’autres endroits, tels que des maisons dĂ©truites ou des installations militaires. Ils ont Ă©tĂ© victimes d’un interrogatoire illĂ©gal sur le terrain qui ne comportait pas les garanties juridiques que tout interrogatoire doit avoir. Ils ont eu les yeux bandĂ©s et ont souffert de blessures aux poignets Ă  cause des chaĂźnes serrĂ©es. “Ils m’ont ligotĂ© avec des liens en plastique si fermement que la chair a Ă©tĂ© arrachĂ©e de mes mains et que le sang coulait Ă  flots. Je n’ai cessĂ© de demander aux soldats de desserrer les liens, mais ils n’ont pas rĂ©pondu”, a expliquĂ© le prisonnier M. S.

    Dans une situation connexe, A.H., un enfant prisonnier, a rapportĂ© avoir Ă©tĂ© frappĂ© brutalement au point de perdre connaissance. Il a Ă©galement Ă©tĂ© gardĂ© dans un rĂ©frigĂ©rateur froid pendant un certain temps. Il a Ă©tĂ© fouettĂ© avec un fil de fer sur le dos, et les soldats ont passĂ© un couteau sur sa cuisse jusqu’à ce qu’il sente du sang couler de sa jambe. Une aiguille a Ă©galement Ă©tĂ© insĂ©rĂ©e dans son bras.

    Bien que l’interrogatoire sur le terrain soit reconnu comme une composante des activitĂ©s militaires en vertu du droit international, il doit respecter les rĂ©glementations strictes Ă©noncĂ©es dans le droit international humanitaire et le droit international des droits de l’homme. Dans le contexte du crime de gĂ©nocide, l’interrogatoire sur le terrain des dĂ©tenus s’est produit de maniĂšre extensive et indiscriminĂ©e, affectant les hommes, les personnes ĂągĂ©es, les enfants et les femmes. ParallĂšlement, ils ont Ă©tĂ© sĂ©vĂšrement battus avec des bottes militaires, des bĂątons, des bĂątons Ă©lectriques et des matraques, en commençant par la tĂȘte et en terminant par les jambes et les testicules, jusqu’à ce qu’ils perdent connaissance. En plus de verser du cafĂ© et du thĂ© sur les dĂ©tenus, des cigarettes ont parfois Ă©tĂ© Ă©teintes sur leur corps.

    “Ils nous ont transportĂ©s dans un char jusqu’à une maison situĂ©e dans la bande de Gaza. Pendant l’interrogatoire, ils ont versĂ© du cafĂ© et du thĂ© sur ma tĂȘte”, a racontĂ© le prisonnier A. H. Le prisonnier A. S. a Ă©galement dĂ©crit ses expĂ©riences pendant l’interrogatoire sur le terrain, en disant : “Un interrogateur est entrĂ© dans la piĂšce et s’est renseignĂ© sur mes liens avec le Hamas. Quand je lui ai dit que je n’avais aucun lien avec eux, il m’a bousculĂ©, ce qui m’a fait tomber par terre et perdre connaissance. Ensuite, ils m’ont aspergĂ© d’eau au visage pour me ranimer.” A. S. a ensuite Ă©tĂ© contraint de s’appuyer contre un mur en position accroupie pendant une heure, aprĂšs quoi il a Ă©tĂ© placĂ© en plein soleil pendant trois heures supplĂ©mentaires, au cours desquelles des soldats ont jouĂ© au football et l’ont frappĂ© au visage avec le ballon.

    Dans un scĂ©nario comparable, le prisonnier Z. A. a dĂ©clarĂ© que les soldats l’avaient gardĂ© prĂšs des chars au soleil pendant trois jours, puis “ils m’ont dĂ©placĂ© dans un bĂątiment et m’ont fait asseoir sur les escaliers. Tous ceux qui passaient me frappaient.”

    Dans une situation similaire, le prisonnier M. A. a Ă©tĂ© maĂźtrisĂ©, les yeux bandĂ©s et emmenĂ© dans un lieu inconnu, oĂč il a endurĂ© d’ĂȘtre exposĂ© Ă  la pluie pendant deux jours sans nourriture ni eau, avant d’ĂȘtre transfĂ©rĂ© au camp de Sde Teiman.

    Selon les suivis d’Addameer, la majoritĂ© des dĂ©tenus qui ont Ă©tĂ© visitĂ©s et interrogĂ©s ont dĂ©clarĂ© avoir subi un interrogatoire sur le terrain au dĂ©but de leur arrestation, au cours duquel ils ont subi diverses formes de violence physique ou de pression psychologique. Bien que les interrogatoires sur le terrain impliquant des coups, des menaces ou l’utilisation de dĂ©tenus comme boucliers humains constituent un crime de guerre en vertu du droit international humanitaire, l’État occupant n’a montrĂ© aucun Ă©gard et a continuĂ© ses violations.

    Interrogatoire sur le terrain - Prisonnier M. W.

    Le dĂ©tenu (M.W.) a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© Ă  son domicile avec plusieurs autres citoyens et a Ă©tĂ© dĂ©tenu dans la maison d’un voisin pendant quatre jours. Pendant cette pĂ©riode, qui a servi d’interrogatoire sur le terrain, il a Ă©tĂ© soumis Ă  diverses formes d’abus, y compris de graves coups pendant l’interrogatoire, qui impliquaient d’ĂȘtre frappĂ© avec des armes ainsi que d’ĂȘtre battu par des soldats avec leurs mains et leurs pieds. Il a Ă©galement Ă©tĂ© attaquĂ© par des chiens policiers, dont l’un a urinĂ© sur lui. De plus, une bouteille contenant de l’urine a Ă©tĂ© jetĂ©e sur lui par les soldats.

    Suite Ă  cela, il a Ă©tĂ© dĂ©tenu dans une zone de la maison qui ressemblait Ă  une dĂ©charge de dĂ©chets et a Ă©tĂ© sĂ©parĂ© des membres de sa famille qui ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s avec lui. Plus tard, ils ont Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©s au camp militaire de Sde Teiman.

    Fouilles à nu forcées

    Les crimes sexuels sont rĂ©pandus dans le contexte des conflits armĂ©s et des guerres dans le monde entier, et ces crimes ont considĂ©rablement augmentĂ© aprĂšs le 7 octobre 2023. Bien que le but premier ne soit pas de satisfaire les dĂ©sirs sexuels des auteurs, ces crimes sont Ă©troitement liĂ©s au pouvoir et au contrĂŽle. Cela est dĂ» Ă  plusieurs facteurs, notamment l’absence de responsabilitĂ©, l’impunitĂ© et le manque d’ordres stricts des niveaux supĂ©rieurs de l’État occupant interdisant explicitement de telles pratiques. De plus, briser le moral des dĂ©tenus est l’une des principales raisons qui ont poussĂ© les forces d’occupation Ă  commettre ces crimes.

    Les prĂ©cĂ©dents juridiques et les analyses juridiques ont Ă©largi la dĂ©finition des crimes sexuels, ne la limitant plus au viol, mais Ă©largissant le concept pour inclure le harcĂšlement sexuel, qui englobe les fouilles Ă  nu forcĂ©es. De plus, les fouilles Ă  nu publiques forcĂ©es relĂšvent Ă©galement du champ d’application de la violence sexuelle.

    Les forces d’occupation se sont livrĂ©es Ă  divers types de crimes sexuels pendant la phase initiale des dĂ©tentions massives, au cours de laquelle des dĂ©tenus, y compris des enfants, ont subi un type spĂ©cifique de harcĂšlement sexuel qui impliquait

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      d’ĂȘtre dĂ©pouillĂ©s de leurs vĂȘtements. Ils ont Ă©tĂ© contraints de retirer leurs vĂȘtements, entiĂšrement ou partiellement, pour des raisons telles que la torture, la punition, l’humiliation ou l’intimidation. Les habitants de la bande de Gaza ont Ă©tĂ© contraints de se dĂ©shabiller sous la menace d’une arme.

      Les organisations de dĂ©fense des droits de l’homme ont observĂ© et enregistrĂ© des cas de fouilles Ă  nu forcĂ©es de dĂ©tenus dans la bande de Gaza, frĂ©quemment liĂ©s Ă  d’autres infractions telles que la torture ou la violence sexuelle.

      La grande majoritĂ© des dĂ©tenus ont dĂ©clarĂ© avoir Ă©tĂ© contraints de retirer tous leurs vĂȘtements, Ă  l’exception de leurs sous-vĂȘtements, ou de se dĂ©shabiller entiĂšrement devant d’autres dĂ©tenus, et ils ont souvent Ă©tĂ© obligĂ©s de parcourir certaines distances sans vĂȘtements. GrĂące Ă  la surveillance et Ă  la documentation menĂ©es par Addameer auprĂšs d’environ 343 dĂ©tenus, environ 95 % des personnes interrogĂ©es ont confirmĂ© avoir subi une fouille Ă  nu partielle ou complĂšte.

      Sur la base des tĂ©moignages et des documents fournis par les dĂ©tenus et ceux qui ont Ă©tĂ© libĂ©rĂ©s aux groupes de dĂ©fense des droits de l’homme et aux mĂ©dias, il est devenu Ă©vident que la fouille Ă  nu forcĂ©e n’est pas un Ă©vĂ©nement isolĂ© menĂ© par les forces d’occupation sur quelques dĂ©tenus ; elle est plutĂŽt devenue une approche systĂ©matique affectant la majoritĂ© des personnes arrĂȘtĂ©es dans la bande de Gaza. Suite Ă  la fouille Ă  nu forcĂ©e et aux abus qui l’accompagnent, les dĂ©tenus ont reçu des vĂȘtements blancs similaires Ă  ceux portĂ©s par les patients atteints de COVID-19, les laissant vĂȘtus uniquement de sous-vĂȘtements malgrĂ© le froid rigoureux. La pratique de la fouille Ă  nu forcĂ©e ne se limitait pas aux hommes adultes ; les enfants et les femmes ont Ă©galement Ă©tĂ© contraints de se dĂ©shabiller pour des fouilles avant leur arrestation.

      Les prisonniers ont racontĂ© Ă  leurs avocats les abus qu’ils ont subis aprĂšs avoir Ă©tĂ© dĂ©shabillĂ©s de force. Le prisonnier M. H. a informĂ© l’avocat : “J’ai Ă©tĂ© laissĂ© sans aucun vĂȘtement, et ils m’ont mis des vĂȘtements blancs. J’étais entiĂšrement exposĂ©, et ils m’ont agressĂ© avec leurs mains et leurs pieds.”

      Le prisonnier Kh. A. a dĂ©clarĂ© : “Tous mes vĂȘtements m’ont Ă©tĂ© enlevĂ©s, ne laissant que mes sous-vĂȘtements, et ils ont appliquĂ© un appareil de choc Ă©lectrique sur mes organes gĂ©nitaux.” Le prisonnier A. A. a rapportĂ© : “J’étais sans vĂȘtements et j’ai endurĂ© une nuit entiĂšre exposĂ©.”

      Le prisonnier M. H. a dĂ©clarĂ© qu’il avait Ă©tĂ© agressĂ© alors qu’il Ă©tait entiĂšrement nu. “Je me suis rĂ©fugiĂ© dans une Ă©cole gĂ©rĂ©e par l’UNRWA, qui Ă©tait le plus grand rassemblement de personnes dĂ©placĂ©es. Lorsque les forces israĂ©liennes ont encerclĂ© l’école, elles nous ont ordonnĂ© de nous rendre Ă  Rafah. Ils m’ont dĂ©pouillĂ© de mes vĂȘtements, m’ont habillĂ© en blanc, m’ont ligotĂ© les poignets derriĂšre le dos avec des liens en plastique, m’ont bandĂ© les yeux et m’ont transportĂ© vers un lieu militaire inconnu. LĂ , Ă  un point de contrĂŽle, j’ai subi un interrogatoire avant d’ĂȘtre amenĂ© dans une piĂšce oĂč deux soldats m’ont agressĂ© alors que j’étais entiĂšrement nu. Ils m’ont frappĂ© avec leurs mains et leurs pieds.”

      La fouille Ă  nu forcĂ©e que les dĂ©tenus ont endurĂ©e porte atteinte Ă  leur dignitĂ© humaine et Ă  leurs droits fondamentaux, y compris leur droit de protĂ©ger leur vie privĂ©e et leur intĂ©gritĂ© physique, qui sont assurĂ©s par le droit international des droits de l’homme. L’article 7 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques interdit la torture ainsi que les traitements inhumains ou dĂ©gradants. Au-delĂ  des abus physiques et moraux, la violence sexuelle relĂšve du champ d’application du gĂ©nocide, qui vise Ă  Ă©liminer la population palestinienne Ă  Gaza, en partie ou en totalitĂ©.

      Boucliers humains

      La pratique consistant Ă  utiliser des boucliers humains a pris de l’importance pendant les opĂ©rations militaires israĂ©liennes dans la bande de Gaza. Bien que cette pratique ne soit pas sans prĂ©cĂ©dent, Ă©tant utilisĂ©e par les forces d’occupation lors des campagnes d’arrestation et des actions militaires dans toute la Cisjordanie, son application s’est sensiblement intensifiĂ©e Ă  Gaza. L’utilisation de boucliers humains constitue une violation grave des droits de l’homme, non seulement en mettant la vie des individus en danger immĂ©diat de mort, mais aussi en les dĂ©shumanisant, en les rĂ©duisant Ă  de simples outils placĂ©s sur le chemin du danger.

      Le droit international dĂ©finit les boucliers humains comme “le positionnement dĂ©libĂ©rĂ© de personnel militaire (soldats ou Ă©quipement) et de civils dans la mĂȘme zone, dans le but de dissuader ou d’empĂȘcher des attaques spĂ©cifiquement contre ces objets militaires”. Cette tactique a Ă©tĂ© observĂ©e dans la bande de Gaza, oĂč l’armĂ©e israĂ©lienne a utilisĂ© des civils palestiniens comme boucliers humains pour sa propre protection. Diverses vidĂ©os ont circulĂ©, dont certaines publiĂ©es par Al Jazeera, montrant un civil de Gaza qui avait Ă©tĂ© ligotĂ© avec une corde, avait une camĂ©ra fixĂ©e Ă  son corps et Ă©tait forcĂ© de porter un uniforme militaire israĂ©lien tout en Ă©tant utilisĂ© comme bouclier humain. “AprĂšs ma capture, l’armĂ©e [israĂ©lienne] m’a emmenĂ© dans une maison, et un officier m’a ordonnĂ© de porter un drone aprĂšs m’avoir libĂ©rĂ© et d’entrer dans une maison voisine pour l’inspecter. Quand je les ai informĂ©s que personne n’était prĂ©sent, ils m’ont ordonnĂ© de monter aux niveaux supĂ©rieurs”, a racontĂ© le prisonnier S. B.

      Al Jazeera a diffusĂ© des images et des sĂ©quences montrant des dĂ©tenus palestiniens contraints par les forces d’occupation israĂ©liennes Ă  naviguer dans des tunnels alors qu’ils Ă©taient ligotĂ©s avec des cordes et Ă©quipĂ©s de camĂ©ras sur leur corps. De plus, certains ont Ă©tĂ© contraints de porter des uniformes militaires israĂ©liens et utilisĂ©s comme boucliers humains. Ces actions ont Ă©tĂ© menĂ©es au mĂ©pris d’une dĂ©cision rendue par la Cour suprĂȘme israĂ©lienne qui interdit de tels comportements.

      Le 5 mai 2002, la Haute Cour israĂ©lienne a rendu une dĂ©cision en rĂ©ponse Ă  une requĂȘte d’une coalition d’organisations de dĂ©fense des droits de l’homme, dĂ©clarant que l’emploi de citoyens palestiniens pendant les opĂ©rations militaires est strictement interdit. MalgrĂ© l’existence d’une interdiction de l’utilisation de boucliers humains en droit interne israĂ©lien et en droit international, l’État occupant viole rĂ©guliĂšrement cette disposition et ne respecte pas cette interdiction. Le droit international interdit entiĂšrement l’utilisation de boucliers humains dans les conflits armĂ©s, soulignant la nĂ©cessitĂ© de faire la distinction entre les combattants et les non-combattants. Le non-respect de ce principe constitue une violation du mandat gĂ©nĂ©ral de protection des civils, tel qu’il est Ă©noncĂ© dans les Conventions de GenĂšve et leurs protocoles additionnels.

      En vertu du Statut de la Cour pĂ©nale internationale, “l’utilisation de la prĂ©sence d’un civil ou d’une autre personne protĂ©gĂ©e pour rendre certains points, zones ou forces militaires Ă  l’abri des opĂ©rations militaires” constitue un crime de guerre dans les conflits armĂ©s internationaux. L’interdiction d’utiliser des boucliers humains dans les Conventions de GenĂšve, le Protocole additionnel I et le Statut de la Cour pĂ©nale internationale est formulĂ©e en termes d’utilisation de la prĂ©sence (ou des mouvements) de civils ou d’autres personnes protĂ©gĂ©es pour rendre certains points ou zones (ou forces militaires) Ă  l’abri des opĂ©rations militaires.

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        Les Gazaouis comme boucliers humains

        Les forces d’occupation israĂ©liennes sont entrĂ©es dans le quartier de Shujaeya Ă  Gaza City Ă  la fin du mois de juin et ont commencĂ© Ă  lancer des ceintures de feu intensives dans la zone. (A. B.), qui Ă©tait dans son magasin lorsque les ceintures de feu ont commencĂ©, s’est prĂ©cipitĂ© chez lui pour se mettre en sĂ©curitĂ©. Lui et sa famille se sont retrouvĂ©s piĂ©gĂ©s dans leur rĂ©sidence pendant environ une semaine. Un mercredi matin, le 7 fĂ©vrier 2024, la famille a entendu un groupe de soldats parler en hĂ©breu, ce qui les a incitĂ©s Ă  crier qu’ils Ă©taient des civils pour Ă©viter d’ĂȘtre abattus ou blessĂ©s. Pendant ce temps, les soldats ont fait irruption dans la maison de la famille et ont lĂąchĂ© un chien non muselĂ©, qui a attaquĂ© le frĂšre d’A. B., qui est atteint du syndrome de Down. Le chien a continuĂ© Ă  lui mordre la main pendant cinq minutes.

        AprĂšs cela, les soldats ont fait irruption dans les piĂšces et ont ordonnĂ© Ă  la famille de s’allonger sur le sol. Ils ont saisi A. B., lui ont bandĂ© les yeux et l’ont emmenĂ© dans un coin du bĂątiment. L’un des soldats s’est adressĂ© Ă  lui en anglais et lui a donnĂ© un engin explosif. Ensuite, le soldat lui a enlevĂ© son bandeau et lui a dit : “Tu as cinq minutes. Si tu ne reviens pas, je le fais exploser.” Il a ordonnĂ© Ă  A. B. d’entrer dans l’une des maisons voisines et d’enquĂȘter. A. B. s’est exĂ©cutĂ© et est rapidement retournĂ© Ă  sa propre maison. Le soldat lui a pris l’engin explosif et lui a ordonnĂ© de marcher devant les soldats. Ils ont commencĂ© Ă  se dĂ©placer Ă  pied d’une maison Ă  l’autre dans le quartier, car toutes les maisons Ă©taient en ruine et il n’y avait pas de voies publiques Ă  utiliser. Pendant ce temps, A. B. n’était pas ligotĂ©, mais les soldats le suivaient avec leurs fusils pointĂ©s sur lui.

        AprĂšs avoir parcouru environ 50 mĂštres, un officier s’identifiant comme ‘Abu Bakr’ du service de renseignement israĂ©lien [Shabak] a informĂ© A. B. qu’il Ă©tait dĂ©tenu parce qu’il se trouvait dans une zone oĂč l’armĂ©e israĂ©lienne avait prĂ©cĂ©demment ordonnĂ© aux rĂ©sidents d’évacuer. Lorsque A. B. a rĂ©pondu que l’opĂ©ration militaire Ă  Shujaeya Ă©tait terminĂ©e, l’officier a dit qu’A. B. ne serait pas arrĂȘtĂ© s’il acceptait d’entrer et d’examiner l’un des bĂątiments. L’officier a donnĂ© Ă  A. B. un quadricoptĂšre (drone suicide) et a menacĂ© : “Entre dans le bĂątiment, ou nous le ferons exploser avec toi Ă  l’intĂ©rieur.” Lorsque A. B. a refusĂ©, les soldats ont pointĂ© leurs fusils sur lui, le contraignant Ă  prendre le drone et Ă  entrer dans la maison, seulement pour dĂ©couvrir qu’il n’y avait personne Ă  l’intĂ©rieur ; tous les occupants de la maison avaient Ă©tĂ© tuĂ©s.

        Les soldats ont ensuite emmenĂ© A. B. dans une maison avec plusieurs autres dĂ©tenus non liĂ©s. Les conditions ont commencĂ© Ă  se dĂ©tĂ©riorer, car tous les dĂ©tenus ont Ă©tĂ© soumis Ă  de graves coups, privĂ©s de nourriture, d’eau et de sommeil, et mĂȘme interdits d’utiliser les toilettes. Ils ont Ă©tĂ© dĂ©tenus et interrogĂ©s dans la maison pendant trois jours. Un dĂ©tenu a Ă©tĂ© utilisĂ© comme bouclier humain. Ils ont Ă©tĂ© contraints de mĂ©moriser une chanson en hĂ©breu et de la rĂ©pĂ©ter continuellement. AprĂšs avoir endurĂ© trois jours de tourments, A. B. a Ă©tĂ© apprĂ©hendĂ© avec toutes les autres personnes dans la maison, et ils ont ensuite Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©s au camp de Sde Teiman avant d’ĂȘtre transfĂ©rĂ©s au camp d’Ofer. A. B. a Ă©tĂ© libĂ©rĂ© le 20 aoĂ»t 2024 au point de passage de Sofa Ă  Rafah.

        Coups brutaux pendant le transfert

        “Nous, les hommes, avons Ă©tĂ© transportĂ©s dans un camion jusqu’à la caserne. Pendant le trajet, nous avons tous Ă©tĂ© agressĂ©s. Nous avons Ă©tĂ© frappĂ©s avec diverses armes, des bĂątons et des fils de fer. De l’eau froide a Ă©tĂ© pulvĂ©risĂ©e sur nous alors que le camion Ă©tait ouvert, et il faisait un froid glacial.” - Prisonnier (A. Sh.), camp d’Ofer, 29 aoĂ»t 2024.

        Depuis le 7 octobre, lors des opĂ©rations d’arrestation menĂ©es par l’armĂ©e d’occupation israĂ©lienne Ă  Gaza, les dĂ©tenus palestiniens ont rapportĂ© avoir subi des formes extrĂȘmes de coups et de torture pendant leur transfert de Gaza vers les centres de dĂ©tention et les prisons israĂ©liennes. De nombreux habitants ont Ă©tĂ© entassĂ©s dans des camions ou des vĂ©hicules militaires, les mains liĂ©es et les yeux bandĂ©s, pour ĂȘtre transfĂ©rĂ©s dans les prisons israĂ©liennes. En raison du nombre excessif de dĂ©tenus dans le mĂȘme vĂ©hicule, ils ont Ă©tĂ© contraints de s’allonger Ă  plat ventre en raison de l’espace limitĂ©, ce qui a entraĂźnĂ© une privation d’oxygĂšne pour certains prisonniers, les faisant souffrir Ă©normĂ©ment pendant des heures dans cette position.

        Il convient de noter que certaines des arrestations ont eu lieu pendant les mois d’hiver. Cependant, les Palestiniens Ă©taient toujours dĂ©shabillĂ©s et dĂ©tenus Ă  l’extĂ©rieur pendant une nuit ou plus, en plus d’ĂȘtre privĂ©s de leurs biens et transportĂ©s dans des camions ouverts au milieu du froid rigoureux. Pendant qu’ils Ă©taient dans ces camions, ils ont subi de graves coups. Les dĂ©tenus ont rapportĂ© que les soldats israĂ©liens utilisaient non seulement leurs poings et leurs pieds pour les frapper, mais aussi des outils pour infliger des tortures pendant le transfert, tels que des tiges mĂ©talliques et des matraques Ă©lectriques. Les coups brutaux ont entraĂźnĂ© des blessures importantes chez les dĂ©tenus, notamment des cĂŽtes fracturĂ©es pour beaucoup, ainsi que des blessures graves qui ont nĂ©cessitĂ© des points de suture.

        “Pendant le transfert, nous avons subi de graves coups et avons Ă©tĂ© agressĂ©s avec des bĂątons, en plus d’ĂȘtre crachĂ©s dessus”, a dĂ©clarĂ© le prisonnier (M. A.) concernant les attaques qu’il a subies pendant le transfert.

        Le prisonnier (M. W.) a racontĂ© : “J’ai Ă©tĂ© frappĂ© Ă  la tĂȘte et j’ai subi des blessures.” Le prisonnier (B. Sh.) a vĂ©rifiĂ© qu’il avait Ă©tĂ© soumis Ă  de violents coups. “Nous avons Ă©tĂ© transportĂ©s dans des bus. Tout au long du trajet, un soldat m’a frappĂ© Ă  plusieurs reprises Ă  la tĂȘte et au dos et m’a frappĂ© avec des bĂątons jusqu’à notre arrivĂ©e.”

        Lors des visites d’avocats aux prisonniers de Gaza dans diverses installations israĂ©liennes, la plupart des prisonniers ont rapportĂ© avoir subi des coups brutaux pendant leurs transferts par les forces israĂ©liennes.

        Les dĂ©tenus palestiniens ont Ă©tĂ© violemment agressĂ©s par des soldats israĂ©liens pendant toutes les phases de leur arrestation. Les organisations de dĂ©fense des droits de l’homme ont documentĂ© les expĂ©riences de ces prisonniers depuis les premiers instants de leur arrestation jusqu’à leur dĂ©tention ultĂ©rieure dans des installations israĂ©liennes. Les rapports ont indiquĂ© que les soldats ont commis des coups excessivement brutaux contre les dĂ©tenus, en particulier pendant leur transport, ce qui a entraĂźnĂ© des fractures chez beaucoup d’entre eux. Le dĂ©tenu (H. B.) souffrait de fractures Ă  la poitrine, bien qu’il ait Ă©tĂ© diagnostiquĂ© avec un cancer glandulaire. Le dĂ©tenu (I. K.) a subi des fractures Ă  l’épaule et aux cĂŽtes, tandis que le dĂ©tenu (Kh. A.) a subi de multiples fractures aux cĂŽtes et continue d’endurer des douleurs Ă  la suite de ces blessures.

        Tout comme les diverses infractions perpĂ©trĂ©es par les forces israĂ©liennes qui sont restĂ©es impunies au fil des ans, les soldats impliquĂ©s dans ces infractions pendant les transferts sont convaincus que leurs actions Ă©chapperont Ă©galement Ă  toute responsabilitĂ© ; non pas parce qu’elles ont Ă©tĂ© commises hors de la vue des camĂ©ras et des groupes qui enregistrent ces infractions, mais plutĂŽt parce que, mĂȘme lorsque les mĂ©faits des soldats sont documentĂ©s, ils n’encourent aucune consĂ©quence.

        Le principal facteur contribuant Ă  l’augmentation alarmante de tels crimes est la conviction parmi les forces d’occupation israĂ©liennes que le systĂšme judiciaire n’a pas l’intention rĂ©elle de les tenir responsables ou d’enquĂȘter sur leurs actions. De plus, il y a une influence significative de la part des dirigeants politiques israĂ©liens qui promeuvent et incitent Ă  de tels comportements criminels. Les forces d’occupation israĂ©liennes considĂšrent les agressions physiques graves comme une tactique pour intimider les dĂ©tenus et saper leur esprit. La pratique consistant Ă  infliger des coups rĂ©pĂ©tĂ©s et arbitraires pendant le transfert sert non seulement de mĂ©thode de torture physique, mais aussi de forme de tourment psychologique, conçue pour instiller la peur chez les prisonniers avant leur arrivĂ©e dans les centres de dĂ©tention. Cette violence extrĂȘme vise Ă  dominer et Ă  diminuer leur dĂ©termination.

        Le journal israĂ©lien Haaretz a rapportĂ© que deux Palestiniens de Gaza ont Ă©tĂ© dĂ©tenus en mars, au cours desquels ils ont Ă©tĂ© soumis Ă  de graves violences physiques pendant leur transfert, ce qui a finalement entraĂźnĂ© leur mort. Les preuves recueillies tout au long de l’enquĂȘte ont rĂ©vĂ©lĂ© que les deux dĂ©tenus avaient subi de multiples blessures sur diverses parties de leur corps, l’un d’eux ayant subi une blessure importante Ă  la tĂȘte. Le rapport indique que plusieurs soldats ont fait l’objet d’une enquĂȘte “sous avertissement” ; cependant, aucune arrestation n’a Ă©tĂ© effectuĂ©e.

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          2 years ago

          Il est important de souligner que certaines personnes qui ont subi un examen mĂ©dical initial ne l’ont fait que plusieurs jours aprĂšs leur arrivĂ©e, violant les exigences lĂ©gales qui imposent des Ă©valuations mĂ©dicales immĂ©diates pour les dĂ©tenus dĂšs leur entrĂ©e dans le centre de dĂ©tention.

          AprĂšs l’inspection initiale, les dĂ©tenus sont transfĂ©rĂ©s dans de grands enclos qui ressemblent Ă  des cages ou Ă  des casernes avec un sol en ardoise nue. Ces cages manquent de conditions de vie essentielles, tant en termes d’espace que de prĂ©paration gĂ©nĂ©rale pour accueillir les dĂ©tenus. Les cages sont dĂ©pourvues de toute nĂ©cessitĂ© humaine, n’offrant que de minces matelas qui mesurent un Ă  deux centimĂštres d’épaisseur et des couvertures fragiles. Les dĂ©tenus ont rapportĂ© que ces couvertures sont insuffisantes pour se rĂ©chauffer pendant les mois d’hiver, souvent sales et infestĂ©es d’insectes. Ils sont confinĂ©s de six heures du matin jusqu’au soir. Un dĂ©tenu libĂ©rĂ©, (M. M.), a racontĂ© : “Chaque dĂ©tenu a reçu une seule couverture infestĂ©e de petits insectes. Lorsque nous avons essayĂ© de l’utiliser pour nous rĂ©chauffer, elle a provoquĂ© des dĂ©mangeaisons intenses et des Ă©ruptions cutanĂ©es. Les casernes Ă©tant ouvertes et le froid mordant, nous n’avions d’autre choix que de nous envelopper dedans.”

          Les dures rĂ©alitĂ©s auxquelles sont confrontĂ©s les dĂ©tenus Ă  Sde Teiman vont bien au-delĂ  des conditions mĂ©tĂ©orologiques extrĂȘmes et des conditions de vie exiguĂ«s. Les actions de l’armĂ©e d’occupation israĂ©lienne ont exacerbĂ© les circonstances dĂ©jĂ  dĂ©sastreuses de leur dĂ©tention. Les conditions insalubres de l’installation, associĂ©es au refus des pratiques d’hygiĂšne de base telles que la douche et le changement de vĂȘtements, ont considĂ©rablement dĂ©tĂ©riorĂ© le bien-ĂȘtre des dĂ©tenus. De nombreux dĂ©tenus ont endurĂ© la difficultĂ© de rester dans les mĂȘmes vĂȘtements pendant plus de 100 jours.

          Un prisonnier, (A. N.), a racontĂ© son calvaire, dĂ©clarant : “Je suis restĂ© 90 jours sans changer de pantalon.” De mĂȘme, le prisonnier (Y. Z.) a fait Ă©cho Ă  ce sentiment, rĂ©vĂ©lant : “Je n’ai pas Ă©tĂ© autorisĂ© Ă  changer de vĂȘtements pendant 80 jours.” La frĂ©quence des douches Ă©tait alarmante, les dĂ©tenus n’étant autorisĂ©s Ă  se laver qu’une fois par semaine ou toutes les deux semaines, pendant quelques minutes seulement Ă  la fois. “Nous avons rĂ©ussi Ă  prendre une douche deux fois par semaine, mais c’était toujours en moins de 5 minutes, et on ne nous a donnĂ© que du savon solide de base”, a partagĂ© le prisonnier (M. S.). De plus, le prisonnier (M. Sh.) a notĂ© : “Au dĂ©but, nous recevions des serviettes et du savon individuels, mais peu de temps aprĂšs, l’administration a commencĂ© Ă  distribuer la mĂȘme serviette et le mĂȘme savon entre quatre prisonniers.”

          L’hygiĂšne personnelle des prisonniers n’était qu’un aspect des restrictions sĂ©vĂšres auxquelles ils Ă©taient confrontĂ©s. L’environnement du camp Ă©tait Ă©pouvantablement insalubre, sans qu’aucun effort ne soit fait pour maintenir la propretĂ©. PrivĂ©s de la possibilitĂ© de se doucher ou de changer de vĂȘtements, et contraints de partager une seule serviette entre leur groupe, les dĂ©tenus Ă©taient vulnĂ©rables Ă  la propagation rapide de maladies cutanĂ©es contagieuses, notamment la gale, qui a dĂ©vastĂ© leur santĂ©. De plus, d’autres affections comme les infections fongiques et les furoncles ont prolifĂ©rĂ©, mais les dĂ©tenus n’ont reçu aucun traitement mĂ©dical pendant de longues pĂ©riodes, ce qui a permis Ă  ces conditions de s’épanouir dans tout le camp.

          Depuis que les forces d’occupation ont transformĂ© Sde Teiman en centre de dĂ©tention, l’administration du camp a mis en Ɠuvre une stratĂ©gie de famine dĂ©libĂ©rĂ©e contre les dĂ©tenus. Cette approche est une continuation d’une politique systĂ©matique plus large qui est en place dans les prisons centrales israĂ©liennes depuis le 7 octobre. L’administration a choisi de fournir de la nourriture en quantitĂ©s minimales, Ă  peine suffisantes pour maintenir la vie. MĂȘme ces maigres rations sont souvent avariĂ©es et impropres Ă  la consommation, les repas n’étant servis qu’une ou deux fois par jour. Le rĂ©gime alimentaire offert aux dĂ©tenus est alarmant en raison de sa forte teneur en sucre. Un dĂ©tenu, (A. S.), a dĂ©crit la situation succinctement : “Toutes les 24 heures, nous recevons un seul morceau de pain, accompagnĂ© soit d’un concombre, soit d’une tomate.” Un autre prisonnier, (A. A.), a corroborĂ© cela en dĂ©clarant : “Les repas se composent de tranches de pain, de lait, de pĂąte Ă  tartiner au chocolat et d’un concombre ou d’une tomate.” Fait troublant, les conditions difficiles s’étendent aux blessĂ©s et aux personnes ĂągĂ©es, qui sont soumis aux mĂȘmes normes alimentaires inadĂ©quates que le reste des dĂ©tenus.

          Diverses formes de torture ont Ă©tĂ© utilisĂ©es dans le camp, avec des tourments Ă  la fois physiques et psychologiques qui ont prĂ©valu pendant de longues pĂ©riodes. Les forces israĂ©liennes ont employĂ© des tactiques d’humiliation, de dĂ©gradation et de vengeance pour briser systĂ©matiquement l’esprit des dĂ©tenus. Les soldats ont infligĂ© de graves coups et ont imposĂ© des punitions sĂ©vĂšres pour les actions les plus insignifiantes, comme ajuster une position assise ou dĂ©placer un bandeau. Parfois, un dĂ©tenu Ă©tait choisi au hasard pour une punition brutale, ou une section entiĂšre Ă©tait collectivement punie pour instiller la peur parmi les dĂ©tenus. De plus, une piĂšce dĂ©signĂ©e a Ă©tĂ© créée pour l’isolement cellulaire, isolant les dĂ©tenus du reste.

          Un dĂ©tenu a racontĂ© son expĂ©rience : “Alors que je faisais mes ablutions, une femme officier a ordonnĂ© Ă  tout le monde de sortir. Je me suis conformĂ© et j’ai quittĂ© la zone de lavage, seulement pour ĂȘtre chargĂ© de m’asseoir prĂšs de la porte, car il nous Ă©tait interdit d’entrer dans la salle de bain en leur prĂ©sence. Pour cela, j’ai Ă©tĂ© soumis Ă  cinq jours d’isolement cellulaire dans un espace exigu derriĂšre la caserne, mesurant Ă  peine 2m x 1,5m. Il ne contenait qu’un matelas et quelques couvertures, sans accĂšs Ă  une salle de bain, du savon ou de l’eau pour se laver les mains.”

          Les tĂ©moignages recueillis auprĂšs des dĂ©tenus de Gaza lors de visites lĂ©gales ont rĂ©vĂ©lĂ© des cas alarmants de torture. Ceux-ci comprennent une exposition prolongĂ©e Ă  des positions de stress contre le mur du camp, des attaques de chiens, l’utilisation d’appareils de choc Ă©lectrique, la violence sexuelle et la salle de disco, entre autres tactiques brutales. Les tourments psychologiques et l’humiliation Ă©taient Ă©galement rĂ©pandus, les dĂ©tenus Ă©tant contraints de s’insulter, de chanter en hĂ©breu et de poser pour des photographies avec le drapeau israĂ©lien. Certains ont Ă©tĂ© contraints de s’allonger face contre terre avec les mains liĂ©es pendant que les gardes passaient. Un dĂ©tenu a racontĂ© une expĂ©rience dĂ©chirante : “Une fois, lorsque quelqu’un a essayĂ© de parler Ă  un autre dĂ©tenu, ils l’ont emmenĂ© Ă  la clĂŽture et l’ont forcĂ© Ă  garder les mains levĂ©es. Il a dĂ» endurer le froid extrĂȘme toute la nuit.” Un autre a partagĂ© : “Nous avons Ă©tĂ© battus. Ils nous ont fait agenouiller et nous ont donnĂ© des coups de pied. Un soldat se tenait sur notre dos, et quiconque bougeait ou parlait Ă©tait accrochĂ© Ă  la clĂŽture pendant six heures.”

          Le journal amĂ©ricain “The New York Times” a entrepris une enquĂȘte approfondie de trois mois Ă  l’intĂ©rieur de la base militaire de Sde Teiman, mettant en lumiĂšre les horribles tortures physiques et sexuelles infligĂ©es aux dĂ©tenus palestiniens par le personnel militaire israĂ©lien. Cette enquĂȘte approfondie a impliquĂ© des entretiens avec d’anciens dĂ©tenus, des officiers de l’armĂ©e israĂ©lienne, des professionnels de la santĂ© et des soldats qui avaient une expĂ©rience directe du traitement brutal qui a entraĂźnĂ© de nombreux dĂ©cĂšs parmi les dĂ©tenus Ă  la suite de diverses formes brutales de violations et d’agressions physiques et sexuelles. Les conclusions ont rĂ©vĂ©lĂ© des dĂ©tails choquants sur les violations extrĂȘmes et les agressions brutales qui se sont produites, notamment l’électrocution, la salle de disco, la violence sexuelle, les passages Ă  tabac sĂ©vĂšres et l’utilisation de chiens militaires pour instiller la peur et la terreur chez les dĂ©tenus.

          Un soldat israĂ©lien, qui a choisi de rester anonyme pour se protĂ©ger des rĂ©percussions juridiques, a partagĂ© avec un journaliste du New York Times des rĂ©cits troublants de ses camarades se vantant de leurs actions tout en infligeant de la violence et des mauvais traitements aux dĂ©tenus. “Un dĂ©tenu a Ă©tĂ© emmenĂ© Ă  l’hĂŽpital de campagne de la base militaire pour ĂȘtre soignĂ© pour un os cassĂ© infligĂ© par les coups d’un soldat. MalgrĂ© l’état grave du dĂ©tenu, il a ensuite Ă©tĂ© dĂ©placĂ© hors de vue et renvoyĂ© en dĂ©tention, oĂč il a Ă©tĂ© retrouvĂ© saignant autour de sa cage thoracique.” Le soldat a en outre rĂ©vĂ©lĂ© qu’“un autre dĂ©tenu a tragiquement perdu la vie au camp de Sde Teiman en raison de blessures Ă  la poitrine qu’il avait subies.”

          Les dures rĂ©alitĂ©s et les souffrances extrĂȘmes auxquelles sont confrontĂ©s les Gazaouis dans le camp de Sde Teiman ont entraĂźnĂ© la perte tragique d’au moins 54 vies palestiniennes depuis le 7 octobre. Bon nombre des identitĂ©s de ces martyrs restent non divulguĂ©es, car l’armĂ©e israĂ©lienne n’a pas encore officiellement publiĂ© ces informations. Au lieu de cela, cela a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© grĂące aux efforts des organisations dĂ©diĂ©es Ă  la localisation des personnes disparues, qui enquĂȘtent pour savoir si l’armĂ©e israĂ©lienne les a dĂ©tenues. Au cours de ces recherches, les organisations de dĂ©fense des droits de l’homme ont recueilli des informations sur de nombreuses personnes, dont certaines ont perdu la vie dans le camp.

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            Yeux bandés et chaßnes mortelles

            L’utilisation de chaĂźnes et de bandeaux se distingue comme une mĂ©thode de torture essentielle et notoire employĂ©e par les forces d’occupation israĂ©liennes pendant leur guerre gĂ©nocidaire contre Gaza. DĂšs le dĂ©but de leur dĂ©tention, les Palestiniens sont soumis Ă  des chaĂźnes et Ă  des bandeaux, crĂ©ant un profond sentiment de privation sensorielle. Bien que les autoritĂ©s israĂ©liennes invoquent souvent des prĂ©occupations de sĂ©curitĂ© pour justifier ces pratiques pendant les arrestations, les expĂ©riences rapportĂ©es du camp de Sde Teiman rĂ©vĂšlent une rĂ©alitĂ© diffĂ©rente. L’utilisation de menottes et de bandeaux transcende les simples mesures de sĂ©curitĂ© ; ils servent d’instruments de torture et de rĂ©tribution contre les personnes dĂ©tenues. Les dĂ©tenus sont confinĂ©s jour et nuit avec des menottes en mĂ©tal reliĂ©es par une courte chaĂźne, ce qui limite considĂ©rablement leur capacitĂ© Ă  bouger leurs mains. De plus, leurs jambes sont Ă©galement attachĂ©es, bien que le camp soit sous haute surveillance. Les tĂ©moignages de nombreux dĂ©tenus indiquent qu’ils ont endurĂ© des douleurs atroces Ă  cause de ces mĂ©thodes d’enchaĂźnement Ă  divers moments de leur emprisonnement.

            Les dĂ©tenus ont exprimĂ© leurs difficultĂ©s avec les mesures prolongĂ©es et sĂ©vĂšres qui leur sont imposĂ©es. Selon la surveillance et la documentation approfondies menĂ©es par Addameer auprĂšs de nombreux dĂ©tenus libĂ©rĂ©s, beaucoup ont rapportĂ© que l’expĂ©rience d’ĂȘtre enchaĂźnĂ© Ă©tait encore plus brutale que les passages Ă  tabac sĂ©vĂšres qu’ils subissaient rĂ©guliĂšrement. Les forces d’occupation ont non seulement dĂ©pouillĂ© ces personnes de leur libertĂ© et les ont soumises Ă  des conditions de vie difficiles, mais elles les ont Ă©galement confinĂ©es dans des chaĂźnes Ă  l’intĂ©rieur de leurs cellules.

            De plus, les bandeaux sont une prĂ©sence constante, rarement enlevĂ©s. Certains dĂ©tenus ont eu les yeux couverts pendant plus de 100 jours consĂ©cutifs. Un prisonnier, (A. J.), a fait remarquer : “Nous avions les yeux bandĂ©s et Ă©tions enchaĂźnĂ©s tout le temps dans le camp.”

            Des pĂ©riodes prolongĂ©es de bandage des yeux peuvent avoir un impact significatif sur la santĂ© des yeux, entraĂźnant potentiellement divers problĂšmes tels que des troubles de la vision temporaires, notamment une vision floue, des difficultĂ©s Ă  se concentrer et une sĂ©cheresse. Lorsque les yeux sont privĂ©s d’air et de lumiĂšre pendant trop longtemps, le taux de clignement naturel diminue, ce qui entraĂźne une hydratation rĂ©duite des yeux. Le bandage des yeux peut Ă©galement affaiblir la sensibilitĂ© des yeux Ă  la lumiĂšre, provoquant une sensibilitĂ© accrue lors du retrait du bandeau. Cela peut rendre difficile l’adaptation des yeux aux environnements lumineux, et ils peuvent avoir du mal Ă  percevoir les couleurs et les dĂ©tails fins efficacement.

            Selon la durĂ©e, le bandage des yeux (privation sensorielle) peut avoir des effets sur la santĂ© physique et psychologique. Des Ă©tudes ont montrĂ© que les victimes de privation sensorielle peuvent Ă©prouver des hallucinations auditives et visuelles, des distorsions perceptuelles et une imagerie sensorielle. La privation sensorielle est Ă©galement connue pour provoquer la peur, l’anxiĂ©tĂ©, des crises de panique, des niveaux de stress Ă©levĂ©s et une dĂ©sorientation du temps et de l’espace. Le capuchon/bandage des yeux peut avoir des effets nĂ©gatifs sur l’équilibre et la coordination en raison de la privation de la vision. Il peut empĂȘcher l’observation de l’état physique du dĂ©tenu et empĂȘcher l’anticipation du prĂ©judice et la rĂ©ponse dĂ©fensive de la victime Ă , par exemple, des coups de pied et de poing, augmentant la probabilitĂ© de douleurs physiques sĂ©vĂšres, de blessures et d’invaliditĂ© pour la victime.

            Les dĂ©tenus palestiniens ont Ă©tĂ© confrontĂ©s non seulement Ă  la privation sensorielle, mais aussi Ă  un grave manque de lumiĂšre du soleil. Leur accĂšs Ă  l’extĂ©rieur Ă©tait limitĂ© Ă  seulement 15 minutes chaque jour ou tous les quelques jours, et mĂȘme alors, ils Ă©taient limitĂ©s Ă  un couloir exigu ne mesurant pas plus de 20 mĂštres. Avec autant de dĂ©tenus dans un espace aussi confinĂ©, leur capacitĂ© Ă  se dĂ©placer librement Ă©tait gravement entravĂ©e, les laissant piĂ©gĂ©s dans cet environnement restreint.

            Sélection aléatoire

            “Oppression alĂ©atoire. J’ai subi une agression brutale qui m’a laissĂ© avec un petit doigt cassĂ© Ă  la main gauche. AprĂšs cela, j’ai Ă©tĂ© retenu contre le mur et on m’a ordonnĂ© d’écarter les jambes, seulement pour subir de nouvelles violences dirigĂ©es contre mes organes gĂ©nitaux.”

            • Prisonnier M. H., Sde Teiman, 7 aoĂ»t 2024

            “Pendant ma dĂ©tention Ă  Sde Teiman, j’ai Ă©tĂ© injustement battu sans aucune provocation. Avant que l’unitĂ© de rĂ©pression ne se prĂ©sente, on nous a ordonnĂ© de nous allonger sur le sol, puis ils choisissaient arbitrairement des jeunes hommes. À une occasion, j’ai Ă©tĂ© isolĂ© et soumis Ă  un passage Ă  tabac brutal. Ils ont lĂąchĂ© un chien sur moi deux fois. La premiĂšre attaque m’a laissĂ© avec une morsure profonde Ă  la poitrine, infligeant une douleur qui persiste encore maintenant, avec un os toujours dĂ©salignĂ©. La deuxiĂšme fois, le chien m’a aboyĂ© dessus sans relĂąche.”

            • Prisonnier M. A., camp d’Ofer, 11 juillet 2024

            Lors de leurs visites au camp de Sde Teiman, les avocats ont frĂ©quemment rencontrĂ© le terme “sĂ©lection alĂ©atoire” mentionnĂ© par les dĂ©tenus. Lorsqu’ils ont approfondi cette pratique, les dĂ©tenus ont rĂ©vĂ©lĂ© que des groupes de soldats entraient dans une zone dĂ©signĂ©e du camp et choisissaient arbitrairement l’un des prisonniers en le pointant du doigt. Le dĂ©tenu sĂ©lectionnĂ© Ă©tait alors soit retirĂ© de force de la zone, soit restait mais Ă©tait confrontĂ© Ă  une agression brutale de la part d’un groupe de soldats. GrĂące Ă  leurs efforts de documentation, les avocats ont dĂ©couvert que cette tactique n’était pas un incident isolĂ© affectant seulement quelques individus ; il s’agissait plutĂŽt d’une mĂ©thode systĂ©matique employĂ©e pour infliger de la violence aux prisonniers.

            Le prisonnier (Y. S.) a dĂ©taillĂ© l’agression qu’il a subie. “Le 25 mars 2024, j’ai Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ© au hasard et emmenĂ© de ma section dans le couloir. Ils m’ont placĂ© dans un espace ressemblant Ă  une zone de visite d’avocat. L’agression a commencĂ© par un barrage de coups de pied sur mes cĂŽtĂ©s, totalisant cinq ou plus, suivis d’environ 20 gifles pleuvant sur mon visage et ma tĂȘte, tout en Ă©tant encore dans mes vĂȘtements. Il y avait environ cinq soldats armĂ©s de 10 matraques, et ils ont dĂ©chaĂźnĂ© leur violence sur mon dos, mes jambes et dans tout mon corps. J’ai endurĂ© plus de 25 coups de ces bĂątons. Suite Ă  l’attaque brutale, j’ai Ă©tĂ© incapable de me tenir debout ou de dormir pendant toute la nuit. Pendant les 20 jours suivants, j’ai Ă©tĂ© immobilisĂ©. AprĂšs le passage Ă  tabac, ils m’ont traĂźnĂ© le long du sol, au cours duquel des chiens militaires m’ont attaquĂ©, se tenant sur mon dos et urinant parfois sur moi.”

            “Les prisonniers Ă©taient sĂ©lectionnĂ©s au hasard. Ils vous escortaient jusqu’à la clĂŽture, vous soumettant Ă  une fouille Ă  nu humiliante tout en frappant vos mains et en vous contraignant Ă  Ă©carter les jambes le plus possible. Ils vous emmenaient aux toilettes et forçaient votre tĂȘte sur le siĂšge des toilettes. Ils amenaient ensuite un chien pour vous attaquer pendant que vous Ă©tiez debout contre le mur. Bien que les chiens portaient des museliĂšres, ils urinaient quand mĂȘme sur vous. Vous Ă©tiez contraint de prononcer des malĂ©dictions contre vous-mĂȘme et votre famille. Ne pas rĂ©pĂ©ter ces phrases dĂ©gradantes entraĂźnait de graves passages Ă  tabac qui vous laissaient mĂ©connaissable”, a ajoutĂ© (Y. S.).

            La pratique des passages Ă  tabac brutaux n’est pas un dĂ©veloppement rĂ©cent parmi les forces d’occupation israĂ©liennes ciblant les Palestiniens en dĂ©tention. Cette stratĂ©gie de sĂ©lection arbitraire vise Ă  instiller la peur et la terreur dans le cƓur des dĂ©tenus. Il est Ă©vident que ces agressions ne sont pas une rĂ©ponse Ă  une “violation” spĂ©cifique par les prisonniers ; elles reprĂ©sentent plutĂŽt une forme de rĂ©tribution indiscriminĂ©e. Lorsqu’un prisonnier sur un groupe de 150 est violemment attaquĂ©, cela crĂ©e une atmosphĂšre de crainte parmi les autres, les laissant dans une anxiĂ©tĂ© constante quant Ă  savoir qui pourrait ĂȘtre le prochain.

            La salle de disco : un instrument de tourment psychologique

            “AprĂšs avoir passĂ© 12 jours dans la salle de disco avec de la musique forte constante, j’ai eu de graves saignements d’oreille.”

            • Prisonnier libĂ©rĂ© (F. H.), entretien tĂ©lĂ©phonique, 11 septembre 2024

            Beaucoup de gens imaginent une salle de disco comme un lieu de plaisir et de cĂ©lĂ©bration. Cette perspective est loin de la sombre rĂ©alitĂ© Ă  laquelle sont confrontĂ©s ceux qui sont soumis Ă  la salle de disco gĂ©rĂ©e par l’État occupant. Ici, elle sert de mĂ©canisme de tourment, conçu pour Ă©puiser les prisonniers Ă  la fois physiquement et mentalement avant qu’ils ne soient confrontĂ©s Ă  un interrogatoire. À l’intĂ©rieur de cette piĂšce, les gardes diffusent de la musique assourdissante jour et nuit, crĂ©ant un environnement insupportable. Les prisonniers sont confinĂ©s sur des matelas fragiles, et parfois, ils sont laissĂ©s sans aucune literie. Ils ont rapportĂ© que les conditions sont exacerbĂ©es par le froid extrĂȘme, ce qui rend leur souffrance encore plus profonde.

            Cette forme de tourment psychologique est rĂ©pandue depuis de nombreuses annĂ©es, classĂ©e comme un type de torture intangible. Le gouvernement amĂ©ricain l’a employĂ©e sur des dĂ©tenus pendant la guerre d’Irak.

            Le prisonnier (M. Sh.) a dĂ©crit la disposition de la salle de disco Ă  son avocat, dĂ©clarant : “Le disco ressemble Ă  la zone de visite de l’avocat, avec des murs qui l’entourent. Au dĂ©but, le sol Ă©tait en gravier, mais il a ensuite Ă©tĂ© remplacĂ© par du bois. La piĂšce est fermĂ©e sur trois cĂŽtĂ©s, tandis que le quatriĂšme cĂŽtĂ© comporte une clĂŽture, avec la porte intĂ©grĂ©e Ă  cette clĂŽture.”

            • NuclearPlatypus@jlai.luOPM
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              2 years ago

              Un ancien dĂ©tenu, (F. H.), a racontĂ© les conditions de la salle de disco Ă  son avocat, dĂ©clarant : “La salle de disco mesure 6 mĂštres sur 7 et comporte trois grandes unitĂ©s de climatisation qui fuient de l’eau sale. Ces unitĂ©s fonctionnent Ă  des rĂ©glages froids pendant la nuit et passent au chaud pendant la journĂ©e. Nous Ă©tions souvent obligĂ©s de boire l’eau qui coulait des climatiseurs. La piĂšce est Ă©galement Ă©quipĂ©e d’un haut-parleur qui diffuse de la musique Ă  un volume insupportable, qui ne cesse jamais.”

              Le prisonnier (F. H.) a dĂ©taillĂ© les conditions difficiles qu’il a endurĂ©es. “Nous Ă©tions confinĂ©s dans des chaĂźnes en mĂ©tal aux mains et aux pieds, forcĂ©s de nous asseoir sans la moindre chance de nous Ă©tirer ou de nous appuyer contre le mur. Tout signe de relaxation entraĂźnait un passage Ă  tabac. La musique qu’ils jouaient consistait en des chansons de rap hĂ©braĂŻques, ainsi qu’un enregistrement rempli d’insultes dirigĂ©es contre le Hamas, Sinwar et la Palestine.”

              Le prisonnier (A. Z.) a vivement racontĂ© les conditions pĂ©nibles endurĂ©es par les dĂ©tenus dans la soi-disant salle de disco, un site notoire de torture. “J’ai Ă©tĂ© confinĂ© Ă  Sde Teiman pendant environ 90 jours. Pendant tout ce temps, j’ai Ă©tĂ© ballottĂ© entre diverses sections, dont une connue sous le nom de disco, spĂ©cifiquement utilisĂ©e Ă  des fins d’interrogatoire. La musique hurlait sans cesse 24 heures sur 24. J’y ai passĂ© deux jours Ă©puisants, enchaĂźnĂ© aux mains et aux pieds. Ceux qui avaient besoin d’utiliser les toilettes devaient supplier le soldat pendant des heures avant d’obtenir la permission. Le mĂȘme processus humiliant s’appliquait Ă  l’accĂšs Ă  l’eau potable ; aprĂšs avoir mendiĂ© pendant des heures, le soldat me permettait d’ouvrir la bouche juste assez pour verser une maigre quantitĂ© d’eau Ă  l’intĂ©rieur, tandis que le reste trempait mon visage et ma poitrine.”

              Les sĂ©ances d’interrogatoire menĂ©es dans la salle de disco sont aggravĂ©es par une sĂ©rie de conditions sĂ©vĂšres qui augmentent leur dĂ©fi et leur intensitĂ©. Les dĂ©tenus reçoivent de la nourriture qui manque Ă  la fois de nutrition et de satisfaction, tandis qu’ils sont Ă©galement soumis Ă  une privation de sommeil intentionnelle et aux tempĂ©ratures glaciales qui les entourent.

              Le prisonnier (N. A.) a endurĂ© 13 jours Ă©puisants d’interrogatoire, retenu et les yeux bandĂ©s tout au long de l’épreuve. Dans son rĂ©cit, il a racontĂ© les conditions brutales auxquelles il a Ă©tĂ© confrontĂ©. “L’environnement d’interrogatoire Ă©tait incroyablement sĂ©vĂšre. Nous avons Ă©tĂ© forcĂ©s de dormir sur des surfaces en bois pendant toute la durĂ©e. Le bruit de la musique forte Ă©tait incessant, et malgrĂ© l’absence de literie appropriĂ©e, un ventilateur soufflait constamment. La nourriture fournie Ă©tait minime et de mauvaise qualitĂ©. Les matins consistaient en un maigre pain accompagnĂ© d’un concombre ou de la moitiĂ© d’un, avec la mĂȘme maigre portion servie Ă  nouveau dans l’aprĂšs-midi. AprĂšs ce tourment, j’ai Ă©tĂ© emmenĂ© Ă  la caserne, seulement pour ĂȘtre ramenĂ© pour quatre jours supplĂ©mentaires d’interrogatoire un mois plus tard. Le traitement que j’ai reçu pendant cette pĂ©riode a Ă©tĂ© dur, avec des passages Ă  tabac incessants qui ont entraĂźnĂ© une blessure Ă  l’épaule dont je souffre encore aujourd’hui.”

              Les prisonniers ont endurĂ© des tortures horribles, certains ayant eu les ongles arrachĂ©s de force. Un prisonnier, (H. A.), a racontĂ© son expĂ©rience dĂ©chirante, dĂ©clarant : “J’ai Ă©tĂ© interrogĂ© pendant six jours, au cours desquels ils m’ont non seulement arrachĂ© les ongles, mais ont Ă©galement frappĂ© mes organes gĂ©nitaux avec des bĂątons. La brutalitĂ© Ă©tait inimaginable ; ils nous ont complĂštement dĂ©shumanisĂ©s. Mon visage a Ă©tĂ© ensanglantĂ© Ă  plusieurs reprises Ă  cause des passages Ă  tabac incessants, et je craignais d’avoir des cĂŽtes fracturĂ©es. Aucun soin mĂ©dical n’a Ă©tĂ© fourni.”

              De plus, les dĂ©tenus ont Ă©tĂ© confrontĂ©s Ă  un tourment psychologique intense, y compris des insultes verbales dirigĂ©es contre eux et leurs familles. Dans le cas du prisonnier (A. A.), un officier est allĂ© jusqu’à insulter sa femme. Lorsque (A. A.) a osĂ© rĂ©pondre, l’officier a ripostĂ© en le frappant sur la joue droite, ce qui a entraĂźnĂ© une molaire cassĂ©e. L’abus a escaladĂ© lorsque l’officier a insĂ©rĂ© une tige mĂ©tallique dans l’oreille droite de (A. A.), lui faisant perdre toute ouĂŻe dans cette oreille.

              En 2024, les avocats visitant les prisonniers dans les installations israĂ©liennes ont dĂ©couvert des pratiques alarmantes, rĂ©vĂ©lant que de nombreux dĂ©tenus Ă©taient interrogĂ©s dans une salle de disco dĂ©signĂ©e. Un nombre stupĂ©fiant de 40 % de ceux qui ont Ă©tĂ© emmenĂ©s pour interrogatoire ont dĂ©clarĂ© avoir Ă©tĂ© soumis Ă  de la musique assourdissante pendant leur confinement, certains endurant ce tourment pendant jusqu’à 11 jours consĂ©cutifs.

              Les violations contre les prisonniers s’étendent au-delĂ  des limites de cette piĂšce ; elles ont Ă©galement lieu pendant leurs transferts vers et depuis celle-ci. Les prisonniers sont souvent obligĂ©s de marcher pieds nus sur des surfaces rugueuses et inĂ©gales, oĂč les soldats piĂ©tinent dĂ©libĂ©rĂ©ment leurs pieds avec de lourdes bottes. En plus de cela, une politique systĂ©matique de famine est appliquĂ©e, certains dĂ©tenus rapportant qu’ils ont Ă©tĂ© privĂ©s de nourriture pendant toute la durĂ©e de leur confinement. Fait troublant, les soldats ont contraint les dĂ©tenus Ă  signer des documents en hĂ©breu aprĂšs l’interrogatoire, menaçant de sĂ©vĂšres punitions physiques ceux qui refusaient.

              L’impact des sons forts ou pĂ©nibles sur le cerveau est bien documentĂ©, rĂ©vĂ©lant leur capacitĂ© Ă  exacerber les effets psychologiques nĂ©gatifs. Cette mĂ©thode s’aligne Ă©troitement sur d’autres formes de torture, telles que la privation de sommeil. De tels sons peuvent noyer les pensĂ©es intĂ©rieures des prisonniers, entraĂźnant occasionnellement des hallucinations. La recherche indique que cette “surcharge sensorielle”, obtenue en diffusant de la musique forte pendant de longues pĂ©riodes, est une tactique utilisĂ©e pour briser la dĂ©termination des prisonniers. Dans certains cas, des tonalitĂ©s musicales bizarres ou des chansons dans une langue inconnue sont utilisĂ©es, crĂ©ant un profond sentiment d’inconfort qui Ă©quivaut Ă  un tourment psychologique. De plus, la musique peut ĂȘtre militarisĂ©e contre les prisonniers en jouant des morceaux qui sont profondĂ©ment offensants pour leurs croyances. Dans ces scĂ©narios, la dĂ©tresse causĂ©e par le son transcende la simple irritation, car elle attaque directement le cƓur de leurs convictions.

              La pratique consistant Ă  utiliser de la musique forte comme tactique d’interrogatoire est une mĂ©thode de longue date utilisĂ©e par les forces d’occupation israĂ©liennes contre les dĂ©tenus palestiniens dans les centres d’interrogatoire. Cette approche sert de forme de torture psychologique et physique, conçue pour altĂ©rer les fonctions cognitives du dĂ©tenu et l’épuiser Ă  la fois mentalement et physiquement avant l’interrogatoire. De telles conditions facilitent l’extraction d’aveux, conduisant souvent Ă  de faux aveux de culpabilitĂ©. MalgrĂ© une dĂ©cision de la Cour suprĂȘme israĂ©lienne jugeant illĂ©gale l’utilisation de musique forte pendant les interrogatoires et la classant comme un traitement inhumain, l’État occupant continue de mettre en Ɠuvre ces mĂ©thodes de torture. De nombreux prisonniers Ă  Sde Teiman ont rapportĂ© avoir Ă©tĂ© confinĂ©s dans un environnement de type disco pendant de longues pĂ©riodes, parfois pendant des jours, avant d’ĂȘtre confrontĂ©s Ă  un interrogatoire.

              Au niveau international, l’affaire Irlande c. Royaume-Uni a mis en Ă©vidence l’utilisation troublante de musique forte comme tactique d’interrogatoire contre les dĂ©tenus irlandais. Cette mĂ©thode a Ă©tĂ© employĂ©e pour infliger un Ă©puisement mental et une tension psychologique, augmentant considĂ©rablement les niveaux de stress et d’anxiĂ©tĂ© des dĂ©tenus. L’assaut auditif incessant a conduit Ă  un Ă©tat de dĂ©sarroi mental, rendant les individus plus susceptibles de se conformer ou d’avouer. En rĂ©ponse, la Cour europĂ©enne des droits de l’homme a dĂ©terminĂ© qu’une telle utilisation de la musique Ă©quivaut Ă  de la torture psychologique, infligeant des dommages graves aux dĂ©tenus et violant leur dignitĂ© humaine, la classant ainsi comme un traitement inhumain et dĂ©gradant.

              Diverses formes de violence sexuelle

              Les crimes sexuels reprĂ©sentent l’une des violations les plus graves des droits de l’homme Ă  travers l’histoire. Dans les prisons israĂ©liennes, ces infractions sont alarmantes, en grande partie en raison d’une surveillance insuffisante dans ces installations. Ce manque de responsabilitĂ© rend extrĂȘmement difficile de dĂ©noncer de tels crimes et de traduire les auteurs en justice.

              Tous les Palestiniens dĂ©tenus dans les prisons israĂ©liennes, y compris les femmes et les enfants, courent des risques importants d’abus sexuels, englobant le harcĂšlement, le viol et l’exploitation. Ces violations ne sont pas un phĂ©nomĂšne rĂ©cent ; les prisonniers ont endurĂ© de telles atrocitĂ©s pendant de nombreuses annĂ©es. Les consĂ©quences de ces crimes sont souvent dĂ©vastatrices, entraĂźnant des traumatismes psychologiques et physiques durables pour les victimes.

              En 2024, Addameer a fait des progrĂšs significatifs dans la surveillance et la documentation de nombreuses infractions sexuelles contre les prisonniers. Les rapports des dĂ©tenus masculins au camp de Sde Teiman ont rĂ©vĂ©lĂ© un schĂ©ma troublant d’abus sexuels, y compris des attouchements inappropriĂ©s des organes gĂ©nitaux, l’insertion de bĂątons en bois/plastique/mĂ©tal dans l’anus, l’application inappropriĂ©e d’un magnĂ©tomĂštre sur les organes gĂ©nitaux ou la tentative de l’insĂ©rer dans des zones sensibles, la fouille Ă  nu et les fouilles Ă  nu dĂ©gradantes avant d’entrer dans le camp ou les zones d’interrogatoire. Certains dĂ©tenus ont rapportĂ© que les chiens Ă©taient autorisĂ©s Ă  s’approcher d’eux alors qu’ils Ă©taient dĂ©vĂȘtus, se livrant Ă  des comportements tels que mordiller ou lĂ©cher leurs organes gĂ©nitaux,

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                en plus de faire diverses insinuations sexuelles.

                Le prisonnier (A. S.) a racontĂ© Ă  son avocat les violations troublantes qu’il a endurĂ©es. “Chaque fois que j’étais emmenĂ© pour ĂȘtre interrogĂ©, j’étais fouillĂ© Ă  nu. Un soldat agitait un magnĂ©tomĂštre sur mon corps, se concentrant sur les zones sensibles, puis me forçait Ă  ouvrir la bouche pour insĂ©rer l’appareil Ă  l’intĂ©rieur.”

                Le prisonnier (Kh. F.) a dĂ©taillĂ© l’agression sexuelle qu’il a subie Ă  Sde Teiman. “J’ai Ă©tĂ© emmenĂ© dans une salle de disco par quatre soldats. Ils ont commencĂ© Ă  scanner mon corps avec un dĂ©tecteur de mĂ©taux, y compris mes zones les plus privĂ©es, et ont tentĂ© de l’insĂ©rer dans mon rectum. Lorsque j’ai rĂ©sistĂ©, ils ont appuyĂ© l’appareil contre moi, frappant mes organes gĂ©nitaux avec.”

                Les soldats mettaient au point des mĂ©thodes pour infliger des tortures sexuelles aux captifs. Le prisonnier (A. K.) a racontĂ© Ă  son avocat : “Il y a eu un moment oĂč j’ai endurĂ© un passage Ă  tabac brutal de la part des soldats, ce qui m’a fait perdre connaissance en raison de l’intensitĂ© de l’agression. Croyant que je faisais semblant, un soldat a exercĂ© une pression extrĂȘme sur mes organes gĂ©nitaux. Par la suite, six soldats m’ont soulevĂ©, m’ont placĂ© sur un panneau mĂ©tallique et ont insĂ©rĂ© un bĂąton dans mon rectum, bien que ce soit sur mes vĂȘtements. La douleur que j’ai ressentie Ă©tait atroce.”

                Le prisonnier (Y. H.), 39 ans, a racontĂ© les horribles tortures qu’il a endurĂ©es pendant son interrogatoire Ă  la base militaire. “Une femme officier militaire a ordonnĂ© Ă  deux soldats de me soulever et de forcer mon corps contre une tige mĂ©tallique ancrĂ©e au sol.” Il a ajoutĂ© que cette tige l’avait pĂ©nĂ©trĂ© pendant environ cinq secondes, ce qui a entraĂźnĂ© de graves saignements et des douleurs atroces. Un autre dĂ©tenu, ĂągĂ© de 41 ans, a partagĂ© son calvaire, dĂ©clarant : “Les interrogateurs m’ont fait asseoir sur ce qui ressemblait Ă  une tige mĂ©tallique brĂ»lante, et je pouvais sentir la chaleur intense.”

                Le prisonnier (A. H.) a rĂ©vĂ©lĂ© : “Nous avions tous les yeux bandĂ©s. Ils m’ont traĂźnĂ©, ainsi que quatre autres, jusqu’à la zone des douches, m’ont dĂ©pouillĂ© de mon pantalon et m’ont impitoyablement battu avec des bĂątons. Un soldat a tentĂ© d’insĂ©rer une tige dans mon anus, et j’ai criĂ© de terreur. Bien qu’il n’ait pas terminĂ© l’acte, il a rĂ©ussi Ă  l’insĂ©rer lĂ©gĂšrement. Les autres ont endurĂ© un traitement similaire. Les soldats ont exercĂ© une immense pression sur nos testicules, nous narguant avec des menaces de nous renvoyer Ă  Gaza castrĂ©s.”

                Les crimes sexuels infligĂ©s aux prisonniers n’étaient pas des incidents isolĂ©s ; beaucoup ont endurĂ© ces actes horribles Ă  plusieurs reprises tout au long de leur dĂ©tention. Un prisonnier, (A. Z.), a racontĂ© : “Ils ont insĂ©rĂ© un bĂąton dans mon anus Ă  plusieurs reprises alors que j’étais dĂ©tenu Ă  Sde Teiman. J’ai commencĂ© Ă  uriner du sang Ă  cause de ces agressions, mais ils m’ont refusĂ© tout traitement mĂ©dical, ne m’offrant qu’un analgĂ©sique.” De mĂȘme, le prisonnier (R. A.) a subi ces violations Ă  plus d’une occasion. Il a rĂ©vĂ©lĂ© que des soldats avaient forcĂ© un bĂąton dans son anus Ă  deux reprises pendant son sĂ©jour au camp de Sde Teiman, ce qui avait entraĂźnĂ© de graves problĂšmes de santĂ©, notamment une fissure anale qui l’avait rendu incapable d’utiliser les toilettes sans mĂ©dicaments.

                Crimes contre le prisonnier (S. A.) Ă  Sde Teiman

                La situation entourant le prisonnier (S. A.) met en Ă©vidence la rĂ©alitĂ© troublante des abus sexuels infligĂ©s aux dĂ©tenus, rĂ©vĂ©lant l’intention dĂ©libĂ©rĂ©e des forces d’occupation d’infliger de la douleur, de l’humiliation et de la dĂ©gradation. Le 3 mars 2024, vers 10 heures du matin, (S. A.) a Ă©tĂ© apprĂ©hendĂ© Ă  Kuwait Roundabout alors qu’il utilisait un passage sĂ»r dĂ©signĂ©. Les soldats ont enlevĂ© de force ses vĂȘtements, le laissant uniquement en caleçon, et lui ont fourni des vĂȘtements blancs associĂ©s Ă  la COVID-19. Ses mains ont Ă©tĂ© attachĂ©es avec des liens en plastique, et il a eu les yeux bandĂ©s.

                Suite Ă  cela, (S. A.) et d’autres dĂ©tenus ont Ă©tĂ© transportĂ©s dans un camion jusqu’au camp de Sde Teiman. Pendant le transfert, ils ont endurĂ© des passages Ă  tabac brutaux ciblant leur dos, leur cou et leurs articulations, subissant des agressions Ă  la fois de bĂątons et de poings. À leur arrivĂ©e au camp quelques heures plus tard, les dĂ©tenus ont Ă©tĂ© contraints de se changer en vĂȘtements de sport gris clair avant d’ĂȘtre affectĂ©s Ă  diffĂ©rentes sections de l’installation.

                (S. A.) a Ă©tĂ© dĂ©tenu Ă  Sde Teiman pendant environ 18 jours avant d’ĂȘtre transfĂ©rĂ© dans une autre installation prĂšs de JĂ©rusalem, probablement le camp d’Anatot. Pendant le transfert depuis Sde Teiman, les dĂ©tenus ont endurĂ© des passages Ă  tabac brutaux, la violence atteignant son apogĂ©e lors du voyage de retour. Les soldats ont intensifiĂ© leurs agressions sur les dĂ©tenus et ont enregistrĂ© les abus. (S. A.) a racontĂ© : “Un soldat m’étranglait tout en filmant, me frappant avec une chaussure et me lançant des insultes ignobles. Ils ont gonflĂ© des gants mĂ©dicaux et nous ont forcĂ©s Ă  lĂ©cher le doigt gonflĂ© comme un acte sexuel dĂ©gradant.” Il a ajoutĂ© : “Ils exigeaient constamment que nous disions des mots en hĂ©breu que je ne comprenais pas. Ce tourment a durĂ© environ 10 minutes pour chaque prisonnier, avec un soldat se dĂ©plaçant parmi nous, frappant nos cous avec son fusil.”

                Les abus endurĂ©s par le prisonnier (S. A.) se sont Ă©tendus bien au-delĂ  de la simple violence physique et des gestes inappropriĂ©s ; ils ont escaladĂ© jusqu’à une agression sexuelle horrible perpĂ©trĂ©e par un groupe de soldats Ă  l’intĂ©rieur du camp de Sde Teiman. Dans un rĂ©cit dĂ©chirant partagĂ© avec son avocat, (S. A.) a racontĂ© : "Un soir, vers 18 heures, aprĂšs les priĂšres et juste avant le coucher, des soldats ont pris d’assaut notre section, ont fait exploser une grenade assourdissante et ont commencĂ© une fouille. En remarquant le code sur mon bracelet en plastique, ils m’ont bandĂ© les yeux et m’ont liĂ© les mains et les pieds, me traĂźnant Ă  l’arriĂšre de la cage. J’ai estimĂ© qu’il y avait entre 7 et 10 soldats prĂ©sents. Ils ont effectuĂ© une fouille Ă  nu, enlevant de force mes vĂȘtements, et ont commencĂ© Ă  me donner des coups de poing et de pied. Ils m’ont frappĂ© avec des matraques Ă©lectriques sur la poitrine et Ă  l’arriĂšre de la tĂȘte, m’écrasant le crĂąne par derriĂšre comme si mes cheveux avaient Ă©tĂ© rasĂ©s. Ils ont Ă©galement frappĂ© mon visage Ă  plusieurs reprises. Ce passage Ă  tabac brutal a durĂ© entre une demi-heure et une heure, bien que je ne puisse pas ĂȘtre certain de la durĂ©e exacte.

                Ils m’ont choquĂ© avec des matraques Ă©lectriques, en plaçant deux sur mon cou et ma tĂȘte, et j’ai senti l’électricitĂ© parcourir mon corps. Une fois l’agression terminĂ©e, je me suis allongĂ© sur le sol, complĂštement Ă©puisĂ© et luttant pour respirer, informant les soldats de ma douleur. Alors que j’étais sur le ventre, entourĂ© de soldats, ils ont continuĂ© Ă  administrer des chocs Ă©lectriques. Ensuite, j’ai senti un soldat insĂ©rer un bĂąton par derriĂšre alors qu’ils me dĂ©pouillaient de mon pantalon. À ce moment-lĂ , tous les soldats m’agressaient, et je me suis prĂ©parĂ© Ă  la possibilitĂ© qu’ils choquent mes organes gĂ©nitaux, mais au lieu de cela, ils ont insĂ©rĂ© un bĂąton. Pendant le passage Ă  tabac, ils ont enlevĂ© mon bandeau, et quand je me suis tournĂ© pour regarder, j’ai vu un soldat insĂ©rer un bĂąton dans mon anus. La douleur Ă©tait si intense que j’ai failli perdre connaissance.

                Le soldat a sorti le bĂąton, essayant de le forcer dans ma bouche, mais j’ai rĂ©solument gardĂ© mes lĂšvres scellĂ©es. Je me souviens que le bĂąton Ă©tait noir, fabriquĂ© Ă  partir d’un matĂ©riau qui ressemblait Ă  un mĂ©lange de mĂ©tal et d’os, Ă  peu prĂšs la longueur d’un bras. Ils m’ont contraint Ă  le lĂ©cher d’une maniĂšre dĂ©gradante pendant environ une minute. Chaque respiration que je prenais envoyait une douleur aiguĂ« Ă  travers mes cĂŽtes, qui semblaient fracturĂ©es. Une fois l’épreuve terminĂ©e, ils ont remontĂ© mon pantalon et m’ont remis sur le matelas. Les soldats m’ont fermement mis en garde contre la recherche d’une assistance mĂ©dicale, menaçant de revenir et de ‘mutiler mes organes gĂ©nitaux’. Tout au long de l’agression, ils ont affirmĂ© que leurs actions Ă©taient sanctionnĂ©es par les autoritĂ©s supĂ©rieures. Cet Ă©vĂ©nement horrible s’est dĂ©roulĂ© prĂšs du grillage de la cage.

                Lorsque le ‘capitaine’ est passĂ©, il a criĂ© au shawish, soulignant que du sang s’infiltrait de mes fesses. Je soupçonnais que le sang provenait Ă©galement de mon estomac, car je pouvais entendre des sons inquiĂ©tants Ă©manant de cette zone, mais je ne pouvais pas confirmer la source du saignement. AprĂšs l’observation du capitaine, une femme mĂ©decin est arrivĂ©e, et les soldats m’ont escortĂ© jusqu’à l’entrĂ©e de la cage. Suite Ă  son examen, ils m’ont renvoyĂ© au lit. Peu de temps aprĂšs, un petit vĂ©hicule est arrivĂ© pour me transporter dans une piĂšce qui ressemblait Ă  une zone de visite, entourĂ©e d’un drap vert et entourĂ©e d’une cour. Dans cet espace, un mĂ©decin en civil a Ă©valuĂ© mon Ă©tat une fois de plus, et je suis restĂ© sur le lit pendant environ une demi-heure avant d’ĂȘtre emmenĂ© Ă  l’hĂŽpital en ambulance.

                Initialement, j’ai Ă©tĂ© emmenĂ© Ă  l’hĂŽpital civil d’Assuta. À mon arrivĂ©e, j’ai immĂ©diatement Ă©tĂ© escortĂ© Ă  la salle d’opĂ©ration, oĂč la seule question posĂ©e Ă©tait : “Avez-vous du diabĂšte ?” Aucune explication n’a Ă©tĂ© fournie concernant l’opĂ©ration elle-mĂȘme. Lorsque j’ai repris conscience, j’ai Ă©tĂ© Ă©tonnĂ© de dĂ©couvrir qu’une opĂ©ration avait Ă©tĂ© pratiquĂ©e sur moi. MĂȘme aprĂšs mon rĂ©veil, il n’y a eu aucune clarification sur mon Ă©tat de santĂ©. J’ai passĂ© quatre jours Ă  l’hĂŽpital d’Assuta, retenu et les yeux bandĂ©s, partageant une chambre avec plusieurs soldats qui m’ont maltraitĂ©. Lorsque j’ai demandĂ© de l’eau, ils ont rĂ©pondu par des insultes, et j’ai Ă©tĂ© forcĂ© de porter des couches pendant mon sĂ©jour Ă  l’hĂŽpital."

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                  Responsabilité pour les crimes sexuels

                  Des rapports récents ont fait surface révélant des séquences et des images troublantes de crimes sexuels contre des prisonniers palestiniens. La chaßne israélienne 12 a diffusé une vidéo montrant des soldats israéliens agressant un détenu palestinien au camp de Sde Teiman. Le rapport indiquait que le prisonnier avait enduré à la fois des tortures et des abus sexuels aux mains de plusieurs soldats, qui ont tenté de dissimuler leur identité, conscients des caméras de surveillance dans la zone.

                  En rĂ©ponse Ă  cet incident, neuf soldats ont Ă©tĂ© apprĂ©hendĂ©s, et leur dĂ©tention a Ă©tĂ© prolongĂ©e pour une enquĂȘte plus approfondie. Le 28 juillet 2024, des enquĂȘteurs militaires israĂ©liens sont arrivĂ©s au camp pour interroger les soldats dĂ©tenus; cependant, ils ont choisi de ne pas coopĂ©rer avec la police militaire.

                  Des personnalitĂ©s politiques Ă©minentes au sein de l’État occupant ont publiquement soutenu ces soldats, y compris le ministre de la “SĂ©curitĂ©â€ nationale Itamar Ben-Gvir, qui a dĂ©crit les actions de la police militaire comme “honteuses”. De plus, des membres de la Knesset du Parti du sionisme religieux ont visitĂ© le camp pour montrer leur soutien aux soldats arrĂȘtĂ©s, le ministre du Patrimoine Amichai Eliyahu se joignant Ă  eux, aurait-on dit, en scandant “Mort aux terroristes”.

                  Neuf soldats ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s, mais le porte-parole militaire israĂ©lien a rĂ©vĂ©lĂ© plus tard qu’ils seraient placĂ©s en rĂ©sidence surveillĂ©e seulement deux semaines aprĂšs que la police militaire ait lancĂ© son enquĂȘte. MalgrĂ© la demande du ministĂšre public militaire de prolonger leur dĂ©tention, l’enquĂȘte s’est poursuivie sans aucune accusation formelle, mĂȘme si les camĂ©ras de surveillance du camp ont capturĂ© le crime.

                  Qu’est-ce que l’hîpital de campagne à ‘Sde Teiman’?

                  La crĂ©ation de l’hĂŽpital de campagne au camp de Sde Teiman est nĂ©e d’une nĂ©cessitĂ© urgente de soigner les dĂ©tenus blessĂ©s, en particulier aprĂšs que de nombreux hĂŽpitaux israĂ©liens, dont Sheba et Hadassah Ein Kerem, ont refusĂ© d’accepter des patients de la bande de Gaza, invoquant le “terrorisme” comme raison. Au lieu de cela, ces personnes devaient ĂȘtre envoyĂ©es dans des Ă©tablissements mĂ©dicaux liĂ©s au Service pĂ©nitentiaire israĂ©lien (IPS) ou Ă  l’armĂ©e, sans aucune assurance que ces Ă©tablissements pourraient rĂ©pondre adĂ©quatement Ă  leurs besoins mĂ©dicaux. Compte tenu de cette situation, l’hĂŽpital de campagne a Ă©tĂ© créé comme une alternative cruciale pour garantir que les dĂ©tenus de Gaza reçoivent l’attention mĂ©dicale dont ils ont besoin, plutĂŽt que de compter sur des options de soins de santĂ© civils. Le ministĂšre israĂ©lien de la SantĂ© a stipulĂ© que les dĂ©tenus de Gaza ne devraient ĂȘtre transfĂ©rĂ©s vers des hĂŽpitaux civils qu’en cas d’urgences mettant leur vie en danger ou s’il existe un risque important d’invaliditĂ© irrĂ©versible, et seulement si le traitement nĂ©cessaire n’est pas disponible dans les Ă©tablissements mĂ©dicaux de la prison ou du camp.

                  L’hĂŽpital de campagne fonctionne sous la direction d’un mĂ©decin-chef, soutenu par une Ă©quipe de mĂ©decins qui sont enrĂŽlĂ©s en vertu d’un mandat de recrutement de rĂ©serve militaire. Ces professionnels de la santĂ© dissimulent leur identitĂ©, ce qui inclut une interdiction stricte de signer tout document mĂ©dical avec leurs vrais noms, leurs numĂ©ros de licence professionnelle ou leurs sceaux personnels, le tout justifiĂ© par l’affirmation que de telles mesures sont nĂ©cessaires Ă  leur protection. Cette pratique contrevient flagrant aux normes juridiques, car elle refuse aux patients le droit de savoir qui les traite et entrave tout recours juridique potentiel, tel que le dĂ©pĂŽt de plaintes ou l’ouverture d’enquĂȘtes sur les violations de la dĂ©ontologie mĂ©dicale.

                  Bien qu’il soit qualifiĂ© d’“hĂŽpital de campagne” par les autoritĂ©s israĂ©liennes, cet Ă©tablissement ne tient pas compte des pratiques mĂ©dicales Ă©thiques fondamentales. Les interventions chirurgicales sont pratiquĂ©es sans anesthĂ©sie et sans obtenir le consentement appropriĂ© des patients ou de leurs familles, en plus de nombreuses autres infractions mĂ©dicales graves commises par le personnel. De plus, les conditions dans lesquelles les patients sont dĂ©tenus sont exceptionnellement dures. D’anciens dĂ©tenus ont racontĂ© leurs expĂ©riences, rĂ©vĂ©lant qu’ils Ă©taient maintenus enchaĂźnĂ©s pendant le traitement. De plus, les soldats ont bandĂ© les yeux des patients pendant qu’ils recevaient des soins et les ont forcĂ©s Ă  porter des “couches” en raison des restrictions d’accĂšs aux toilettes.

                  De nombreuses procĂ©dures actuellement en place contreviennent Ă  la fois aux lois internationales et aux rĂ©glementations internes israĂ©liennes, qui sont frĂ©quemment rĂ©visĂ©es et manipulĂ©es pour crĂ©er des Ă©chappatoires juridiques qui facilitent la violation des droits des Palestiniens et leurs mauvais traitements, tout en respectant ostensiblement les cadres juridiques. Un mĂ©decin de l’hĂŽpital de campagne du camp a mis en lumiĂšre les mĂ©thodes de torture sĂ©vĂšres infligĂ©es aux dĂ©tenus palestiniens de Gaza, en particulier dans les centres de dĂ©tention sur le terrain, dans une lettre adressĂ©e au ministre israĂ©lien de la “DĂ©fense”, Yoav Galant, au ministre de la SantĂ© et au conseiller juridique du gouvernement. Dans cette correspondance, le mĂ©decin a rapportĂ© : “Au dĂ©but du mois d’avril de cette annĂ©e, deux dĂ©tenus ont subi des amputations de la jambe en raison de blessures subies alors que leurs mains Ă©taient attachĂ©es. Malheureusement, cela est devenu une occurrence courante.”

                  De plus, le journal israĂ©lien Haaretz a rapportĂ© un incident oĂč un dĂ©tenu a Ă©tĂ© amputĂ© de la main aprĂšs avoir subi une blessure causĂ©e par une contention prolongĂ©e avec des menottes en plastique. Un porte-parole militaire israĂ©lien a indiquĂ© qu’une enquĂȘte aurait lieu; cependant, en raison de l’absence de “soupçon criminel” contre les responsables, la police militaire n’a pas ouvert d’enquĂȘte criminelle. Le mĂ©decin a en outre dĂ©taillĂ© le traitement des dĂ©tenus au sein de l’hĂŽpital de campagne, dĂ©clarant : “Les dĂ©tenus sont contraints d’utiliser des couches pour la dĂ©fĂ©cation, leurs mains restent attachĂ©es tout au long de leur sĂ©jour, et ils sont maintenus les yeux bandĂ©s. Plus de la moitiĂ© des patients prĂ©sents souffrent de blessures survenues pendant leur dĂ©tention, principalement en raison de l’utilisation prolongĂ©e de menottes, qui ont entraĂźnĂ© des blessures graves nĂ©cessitant de multiples interventions chirurgicales.”

                  Le mĂ©decin a soulignĂ© les graves problĂšmes de santĂ© et la politique intentionnelle de nĂ©gligence mĂ©dicale appliquĂ©e par l’administration du camp, qui s’étend Ă  l’hĂŽpital de campagne. “L’hĂŽpital est privĂ© d’approvisionnement constant en mĂ©dicaments et en matĂ©riel mĂ©dical. Chaque patient est retenu aux quatre membres, quel que soit son niveau de menace, ses yeux sont bandĂ©s et il est soumis Ă  des mĂ©thodes d’alimentation dĂ©gradantes. Dans des circonstances aussi dĂ©sastreuses, mĂȘme les jeunes et les personnes apparemment en bonne santĂ© commencent Ă  perdre du poids en seulement une semaine ou deux d’hospitalisation.”

                  “Pas un seul patient n’a Ă©tĂ© transfĂ©rĂ© Ă  l’hĂŽpital et n’y est restĂ© plus de quelques heures. Il y a des cas oĂč des personnes qui ont subi des interventions chirurgicales majeures, comme des procĂ©dures abdominales pour enlever des intestins, sont renvoyĂ©es aprĂšs seulement une heure. L’hĂŽpital est principalement dotĂ© d’un seul mĂ©decin tout au long de la journĂ©e, accompagnĂ© d’une Ă©quipe d’infirmiĂšres, dont certaines ne font que se former pour devenir des ambulanciers paramĂ©dicaux, plutĂŽt que de fournir des soins continus dans l’unitĂ© chirurgicale. Le mĂ©decin traitant peut ĂȘtre un orthopĂ©diste ou un gynĂ©cologue, ce qui peut entraĂźner des complications et, dans certains cas, mĂȘme entraĂźner le dĂ©cĂšs du patient.”

                  Les rĂšgles de Nelson Mandela stipulent clairement que les dĂ©tenus nĂ©cessitant des soins mĂ©dicaux doivent ĂȘtre transfĂ©rĂ©s dans des hĂŽpitaux civils (rĂšgle 27). Cependant, cette disposition essentielle a Ă©tĂ© entravĂ©e par le ministre israĂ©lien de la SantĂ©, qui a bloquĂ© le traitement des Palestiniens dans ces Ă©tablissements. De plus, les rĂšgles de Mandela exigent que tous les dĂ©tenus subissent un examen mĂ©dical initial par un mĂ©decin Ă  leur entrĂ©e en prison (rĂšgle 30). Pourtant, les observations des visites lĂ©gales dans les camps militaires rĂ©vĂšlent que ces examens ne sont pas systĂ©matiquement effectuĂ©s pour chaque prisonnier, ce qui indique un Ă©chec important du processus de surveillance mĂ©dicale. Ce manque d’évaluations initiales entrave l’identification des dĂ©tenus atteints de maladies chroniques ou ayant des besoins mĂ©dicaux spĂ©cifiques, tels que des rĂ©gimes alimentaires nĂ©cessaires ou des mĂ©dicaments en cours. Il entrave Ă©galement la documentation des cas de torture et de mauvais traitements que les dĂ©tenus ont pu subir lors de leurs arrestations.